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28/07/2020
L’interview bleue : Félix André
L’équipe de France féminine a achevé vendredi dernier un stage d’un peu plus de trois semaines à Dinard. L’occasion de s’entretenir avec l’adjoint d’Emile Rousseaux, Félix André, qui revient sur le travail effectué avec les joueuses tricolores.
Quel était l’objectif de ce stage d’été ?
Il y avait deux objectifs pour nous : le premier était de profiter de cette période pour tirer les enseignements du dernier Championnat d’Europe. Et qui dit enseignements dit mise en perspective pour la suite, sachant que la qualification pour le Championnat d’Europe 2021, qui devait avoir lieu cet été, a été reportée au mois de janvier, on s’attend du coup d’avoir un laps de temps très court pour la préparer sur une période qui sera très chargée. Donc il faut d’ores et déjà préparer cette qualification. Ensuite, l’autre objectif en cette période exceptionnelle était de permettre aux athlètes membres du groupe France de pouvoir de nouveau pratiquer leur sport dans des conditions dignes du haut niveau en amont de leur saison, afin de limiter l’impact de la période liée au coronavirus sur leurs performances et sur leur forme.

Quels enseignements avez-vous donc tirés du Championnat d’Europe en Turquie ?
Sur les cinq matchs qu’elle a disputés, l’équipe a quand même montré des aptitudes sur le jeu de la réception. Or à l’heure actuelle, dans le volley-ball féminin de haut niveau, la réception n’est pas le secteur qui pèse le plus. Ce sont davantage l’attaque, le bloc et le service qui comptent, et malheureusement sur ces secteurs, on n’a pas été efficaces. Donc ça permet de fixer des axes de travail, notamment sur le plan offensif, on doit arriver à faire mieux dans le futur si on veut franchir un cap dans les résultats à haut niveau.

Cela vous fait-il aussi réfléchir sur les joueuses les plus à même de faire progresser l’équipe dans ce secteur de jeu ?
Oui, forcément. Depuis qu’Emile est en fonction, on a ratissé très large en testant énormément de joueuses, on a essayé d’intéresser le maximum d’athlètes au projet 2024. Le groupe reste toujours ouvert, Emile a été très clair sur l’esprit de concurrence qu’il voulait développer parce que cette notion fait partie intégrante du sport de haut niveau. Donc ça pose la question de savoir s’il ne faut pas faire évoluer le groupe, faire entrer de nouvelles joueuses, comme c’était d’ailleurs le cas sur ce stage où on a intégré une fille comme Amélie Rotar. Elle faisait partie des quelques filles présentes à Dinard qui n’avaient pas participé au Championnat d’Europe, au même titre qu’Isaline Sager-Weider, que Marie-France Garreau-Djé, Manon Bernard, Margaux Bouzinac et d’autres. C’est la preuve qu’il y a un questionnement permanent sur la sélection.

Pour ce qui est du travail fait pendant ces trois semaines, il était avant tout concentré sur le physique ou avez-vous eu le temps aussi de travailler des systèmes de jeu ?
La priorité, en sortie de Covid, était bien sûr le travail physique, la remise en route des organismes, avec l’objectif de remettre les joueuses dans des conditions de travail dignes de leur statut d’athlètes de haut niveau en amont de leur préparation avec leur club, c’était une sorte de pré-rentrée. On a quand même complété ça avec beaucoup de séances de ballon pour leur permettre de retoucher la balle et parce qu’on était dans un format de stage non-conventionnel : il y a certes eu des périodes de repos, mais nous sommes restés 24 jours consécutifs ensemble, sans retour à la maison, contrairement à ce qu’on avait l’habitude de faire. On a aussi pu passer des idées, remettre au clair des choses que nous avions essayé de mettre en place les années précédentes et notamment peaufiner les systèmes de défense, de soutien et de couverture du bloc. On a aussi pu refaire un peu de travail sur le contre, donc on a quand même fait du volley.

Ce stage était-il aussi important pour la cohésion du groupe ?
Emile l’avait bien expliqué en amont du stage : on n’en est pas du tout au même point que les garçons dans l’avancement de notre projet. On n’est pas à un niveau de jeu et de performances qui peut nous permettre de dire que faire un été blanc peut être bénéfique pour les organismes, c’est vraiment le contraire, on a besoin de travailler. Donc c’était une vraie priorité de se voir et au-delà des aspects purement techniques et physiques, on a quand même tous vécu une période très particulière, pas forcément facile, que tout le monde n’a pas digérée socialement de la même façon, donc c’était important pour la dynamique de groupe de tous se retrouver.

Les joueuses vont désormais retrouver leurs clubs respectifs, certaines l’ont déjà fait, on a le sentiment qu’elles s’exportent de mieux en mieux et qu’elles ont bien pris conscience de l’importance de trouver du temps de jeu ?
C’est clair que de plus en plus de joueuses sont titulaires dans leur club ou font des choix de carrière afin de l’être plutôt que de choisir pour des questions de prestige de club ou de données financières. Et effectivement, de plus en plus de joueuses s’exportent à l’étranger, on a eu Julie (Oliveira Souza) et Juliette (Fidon) la saison dernière en Pologne, on a maintenant Lulu (Lucille Gicquel) en Italie, mais il y en a d’autres : Manon Bernard a fait une saison en Allemagne (Aix-la-Chapelle), certaines qui sont dans le « radar » équipe de France mais n’ont pas été présentes dans le groupe, vont aussi jouer à l’étranger, je pense à Lisa Jeanpierre, Victoria Foucher et Lisa Arbos en Espagne, Alexandra Dascalu en Pologne… C’est clair que le message a été bien entendu de la part de toutes les filles, ce sont des signes d’évolution positive du projet.

Passons à ton avenir personnel : ton parcours à Venelles s’est achevé à l’issue de la saison, pourquoi ?
J’étais en fin de contrat, ils ont décidé de ne pas me proposer de nouveau contrat, ils avaient le sentiment que nous étions arrivés au bout de notre collaboration de six ans, je pense de mon côté qu’il y avait encore quelque chose à construire. Maintenant, je le prends avec philosophie, c’est le choix des dirigeants, ça fait partie du jeu et on se sépare en bons termes, c’est la fin d’une histoire, à moi de rebondir sur un nouveau projet, je m’y attelle en ce moment.

Que garderas-tu de ces six années à Venelles ?
Beaucoup de bons souvenirs. Je pense quand même bien avoir accompagné le club dans son développement et sa stabilisation à haut niveau. Il y a évidemment des moments forts, comme la demi-finale de Championnat la deuxième année, la victoire en Coupe de France, les playoffs chaque année, c’est sûr que ce sont des résultats qui n’étaient pas forcément habituels pour le club et le sont devenus avec ce que j’ai essayé de mettre en place. Donc j'en garde beaucoup de bons moments, ça restera pour moi une belle expérience sportive car le club m’a permis d’évoluer dans de bonnes conditions et de grandir en tant qu’entraîneur.